“Lesbienne”, “lesbophobie” : des termes absents des médias et des discours politiques

Plusieurs actes lesbophobes ont été médiatisés ces derniers jours : une agression dans le RER et un cas de harcèlement en Charente. Dans la presse comme dans les réactions politiques, pourtant, on ne parle jamais de “lesbophobie” mais presque toujours d’ “homophobie”. Pourquoi cette frilosité ?

Depuis vendredi, deux faits divers ont mis en évidence la persistance de discriminations contre les couples de lesbiennes. Vendredi 9 février dans le RER A, en région parisienne, deux jeunes femmes ont été agressées par un groupe de sept mineurs. Les violences physiques ont été assorties de violences verbales, comme “Putain de lesbiennes !” ou “Vous baisez ?” Et lundi matin, un autre fait divers a été relayé par la presse régionale. Deux boulangères mariées, dans le village de Guimps, en Charente, ont porté plainte pour des insultes relatives à leur orientation sexuelle. Dans les villages alentours, on parlerait de pain “fait par les gouinasses”.

“Lesbophobie”, un mot absent des médias

Dans le traitement médiatique des deux faits divers, le terme “homophobie” est préféré à “lesbophobie”, complètement absent. Pour parler du cas du couple de boulangères, par exemple, Charente libre titre “Guimps : le maire soutient les boulangères victimes d’homophobie”. Le terme “lesbiennes”, quant à lui, est parfois utilisé, mais souvent en reprenant des insultes, comme dans l’article de L’Express sur l’agression de vendredi 9 février, qui titre “« Putain de lesbiennes » : des jeunes femmes agressées dans le RER”.

Les politiques frileux à l’idée de parler de “lesbiennes”

Dans la sphère politique, certaines personnalités n’ont pas attendu longtemps avant de réagir. Dès vendredi soir, la présidente du conseil régional d’Île-de-France Valérie Pécresse et le député de l’Essonne Nicolas Dupont-Aignan ont tweeté leur indignation, n’hésitant pas à qualifier les faits d’ “homophobes“. Des réactions taxées de “récupération” par certains internautes, qui ont rappelé la proximité de ces élus avec des mouvements opposés aux droits LGBT comme La Manif pour tous.

Du côté du gouvernement, la secrétaire d’État Marlène Schiappa a attendu dimanche pour réagir sur Twitter. Le Premier ministre Édouard Philippe, lui, a posté son tweet dans la nuit de dimanche à lundi. Tous deux dénoncent fermement des “agressions homophobes”.

Certes, les deux personnalités du gouvernement ne se référaient pas seulement aux événements du RER A mais également à une agression homophobe survenue la veille dans la ville de Dieppe (Seine-Maritime). On remarquera toutefois que l’agression lesbophobe de vendredi se retrouve englobée dans plusieurs “agressions homophobes“.

Lesbienne, un terme “qu’on imagine péjoratif et sulfureux”

Dans l’ensemble des réactions politiques, cette fois, même le terme “lesbiennes” n’apparaît pas. Le monde politique semble encore frileux à qualifier ainsi les femmes homosexuelles. Cette gêne avait déjà été soulignée lors du passage d’Édouard Philippe dans L’Émission politique, en septembre. Le Premier ministre avait employé à plusieurs reprises l’expression “couples féminins” pour parler de l’ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes.  “Lesbienne, notamment à cause d’un imaginaire lié à la pornographie, est un terme qu’on imagine péjoratif, qui revêt un caractère un peu sulfureux, qu’on a des difficultés à prononcer“, analyse Clémence Allezard, pour Priorité au direct, membre de l’association des journalistes LGBT (AJL).

 

Désormais, la presse comme les politiques n’hésitent plus à employer le terme “homophobe” dans ses titres, même quand les faits n’ont pas encore été caractérisés comme tels par la justice.

Au lendemain des attentats d’Orlando, en juin 2016, l’hésitation des médias comme des politiques à qualifier l’attaque d’homophobe avait été soulignée. “C’est toujours important de caractériser une agression quand il n’y a absolument aucun doute, estime Clémence Allezard. Ce qui était le cas à Orlando, et ce qui est le cas dans ces agressions.

Mais le terme “lesbophobie” reste absent. “C’est un terme assez récent, rappelle la journaliste. C’est la Coordination lesbienne en France qui a commencé à l’employer en 1998. Puis sa popularisation a pris du temps, il n’est entré dans le dictionnaire qu’en 2015. Ce terme-là n’est pas forcément connu de tous les journalistes.”

La journaliste de l’AJL explique en quoi ne pas utiliser parler de “lesbophobie” pose problème : “Sur l’agression du RER, typiquement, on s’en prend à des lesbiennes en tant que lesbiennes. À qui on ajoute en plus « Je vais te baiser », ce qui renvoie vraiment à une insulte lesbophobe, liée au viol correctif. La lesbophobie, c’est une discrimination au croisement de l’homophobie et du sexisme. On a affaire à de l’invisibiliation. Ce qui n’est pas nommé n’existe pas.”

 

Timothée de R.

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