Guérison miraculeuse, mode d’emploi

Il a fallu 10 ans et un long processus pour que la guérison de soeur Bernadette soit qualifiée de "miraculeuse" par l'Église.

L’Église catholique a reconnu un 70e miracle à Lourdes, dimanche 11 février. La sœur Bernadette Moriau souffrait de douleurs lombo-sciatiques depuis 52 ans. Jusqu’à son pèlerinage à Lourdes en juillet 2008. Du jour au lendemain, elle aurait été guérie. Mais comment l’Église catholique authentifie-t-elle un miracle ?

Jacques Benoit-Gonnin, évêque de Beauvais, a confirmé ce dimanche à Amiens le caractère prodigieux-miraculeux” et la valeur de “signe divin” de la guérison de la religieuse Bernadette Moriau. Cette “guérison” était survenue en juillet 2008 après un pèlerinage aux sanctuaires mariales de Lourdes.

Affiliée à la congrégation des franciscains, la “sœur” aujourd’hui âgée de 69 ans souffrait de douleurs lombo-sciatiques invalidantes depuis 1966. Elle aurait subitement été guérie dès son retour du pèlerinage après avoir reçu le sacrement des malades.

Voici, étape par étape, comment une guérison est labellisée “miracle”.

1. La réception des dossiers

Le plus souvent, les malades viennent au centre de pèlerinage de Lourdes pour témoigner d’une guérison miraculeuse. Mais “il y a des gens dérangés qui se prétendent miraculés alors qu’ils n’étaient pas malades”, fait remarquer le docteur Alessandro de Franciscis au magazine Sciences et avenir. Celui-ci préside le Bureau de constatations médicales de Lourdes. Il est chargé de recueillir en premier les dossiers de malades qui prétendent avoir été guéris miraculeusement. Je demande à la personne de me produire des preuves, comme des copies d’admissions à l’hôpital, des IRM, des scans…”, explique le docteur.

2. La confirmation “scientifique” de la guérison

Ensuite, il faut confirmer la guérison. Pour ce faire, un collège de plusieurs médecins, choisis parmi 11 500 experts de plus 75 pays, se réunit au sein de l’Association médicale internationale de Lourdes (AMIL) pour étudier le caractère inexpliqué d’un point de vue scientifique.

L’objectif va être de confirmer qu’il y a bien eu une réelle guérison, par une enquête auprès des médecins qui ont fait le diagnostic de la maladie avec tous les documents correspondants. On cherchera aussi si cette guérison n’a pas d’explication d’ordre naturel et médical, si elle est hautement improbable”, explique le docteur Pascal Theillier, président de l’AMIL, sur le site catholique.org.

3. Le Comité médical international de Lourdes (CMIL)

Chaque automne, le Comité médical international de Lourdes (CMIL), composé de 27 docteurs de différentes spécialités, reçoit les dossiers préalablement étudiés par le Bureau des constatations médicales et l’AMIL. Le comité ne retient que les rares guérisons inexpliquées en l’état actuel des connaissances scientifiques. Mais il n’est pas de son ressort de déclarer le miracle. Le processus se poursuit.

4. Des représentants de l’Église tranchent in fine

C’est l’Église, in fine, qui prend l’entière responsabilité de déclarer le caractère miraculeux de la guérison. Les dossiers sont étudiés minutieusement à partir des critères de Lambertini, du nom du cardinal Lambertini devenu pape Benoît XIV en 1740. Selon ces critères, il faut que la maladie soit grave, connue par la science médicale, de nature lésionnelle ou organique, avec un pronostic défavorable. La guérison, elle, doit être soudaine, instantanée et durable dans le temps. Ce n’est qu’après avoir évalué tous ces critères que le miracle peut enfin être établi.

En France, dans le cadre d’une guérison confirmée et certifiée par le Cmil, l’évêque du diocèse de Tarbes-Lourdes informe l’évêque du diocèse de la personne guérie ; en l’occurrence celui de Beauvais dans l’Oise. “Sur les conclusions du CMIL avec l’avis des personnes qu’il a consultées dans son diocèse, mais sans avoir à recourir à Rome, l’évêque du diocèse de la personne guérie, décide de la reconnaissance publique par l’Église” peut-on lire dans le communiqué conjoint du diocèse de Beauvais et les sanctuaires de Lourdes.

Entre le moment où la personne est guérie et la reconnaissance du miracle, plusieurs années peuvent s’écouler. Le processus est très sélectif. Sur plus de 7 200 dossiers de guérison, 70 ont été retenus comme miracles par l’Église entre 1858 et 2018.

Hermann Boko

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